Recit d'un voyage en bateau avec notre voilier ATALAMA, quand un rêve devient réalité.
Le vent tourne, mais dans le mauvais sens. Depuis plusieurs jours, une dépression nous bloque la route direction Porto Santo, et ça n'a pas l'air de s'améliorer pour les jours qui viennent. Un couple français avec ses 3 enfants de bas âge a quand même décidé de tenter leur chance en prenant la route un peu plus au nord. Dû près et du vent contraire ne sont pas notre rêve de navigation. Il est temps de quitter Cascais et, au lieu de partir à la voile vers des horizons plus chauds avec une eau claire, il faut se mettre à l'abri à l'intérieur du Tage. Pas envie de faire de marina, nous feuilletons le guide et optons pour Seixal, un petit village à moitié déserté peu après le pont du 25 avril dans le Rio Judeu. Nous partons avec 1 heure de retard, car il faut respecter les marées, le courant peut être très fort dans ce fleuve.
Au moteur, nous croisons le tour du Bélem et passons en dessous le pont du 25 avril. Après le pont, nous virons vers tribord pour pouvoir prendre les petits chenaux do Alfeite et do Barreiro afin d'arriver dans le Canal do Judeau, notre destination finale. Des bancs de sable fleurent avec la surface et s'écarter du chenal ne nous tente pas. Même si nous voyons des gros bateaux aux touristes qui font le lien avec Lisbonne se déplacer en pleine vitesse hors du chenal. Partout autour notre bateau des 100 aines de Méduse près de la surface se font pousser par le courant. Impressionnant, nous n'avons jamais vu autant au même moment.

Nous nous mouillons en face de l'église par fond de 2-4 mètres et passons un après-midi bien tranquille. De temps en temps nous attendons de la musique à l'autre côté de la rive. Pas de bol, nous arrivons en plein début de la fête de l'Huma portugaise qui dure 3 jours !
L'environnement est super jolie, nous ne regrettons pas d'avoir choisi ce mouillage, malgré le bruit du festival. Seul inconvénient, nous n'avons plus d'internet et ne pouvons pas faire le virement pour nos pièces de four. Nous décidons donc de faire un tour à terre en espérant de trouver un cybercafé. Le tour est vite fait. Le peu de café et restaurants ouverts ne propose pas un spot Wi-Fi. Nous continuons notre route direction la ville un peu plus loin. Je m'arrête pour prendre le dictionnaire et souhaite demander des renseignements dans un des cafés ouverts au bord de la rive.
Un monsieur s'arrête devant moi et me demande s'il peut m'aider. Nous expliquons ce que nous cherchons mais selon lui notre recherche a peu de chances d'aboutir. Totalement inattendu, il nous propose d'aller chez lui et d'utiliser sa connexion internet. Au début nous refusons mais nous terminons par accepter après plusieurs insistements de sa part. Durant le trajet en voiture, Manuel, un monsieur de 71 ans, nous explique qu'il a habité pendant quelques années en France pour ses études, et qu'actuellement il est professeur d'histoire à l'université de Lisbonne. Une fois le virement fait, la météo et nos mails téléchargés, il nous redépose à nouveau à Seixal. Nous souhaitons lui offrir un verre en remerciement mais il le refus. Sa gentillesse nous fait chaud au cœur.
Nous passons le lendemain tranquille sur le bateau, le ciel est très nuageux et le vent souffle fort. On bouquin. Après le déjeuner nous souhaitons aller à terre, et à notre grande surprise Manuel nous faite signe sur le quai. Il veut aller à Setubal pour manger des Choco Fritos (la seiche) et nous propose de venir avec lui. Nous acceptons sa proposition sous réserve de lui payer le repas. Il nous fait visiter le centre-ville joliment décoré pour la fête de maquereaux ainsi que quelques de ses églises. Nous n'avons pas de temps de manger des Choco Fritos. À la place, nous dégustons une spécialité de la région, des tortas de Azeitão (un gâteau à base d’œufs et de Cannelle). Cette ville intéressante avec des beaux bâtiments semble être oubliée par les guides touristiques.
Ensuite, la route nous amène vers le parc national da Arrabida, juste à côté. J'avais déjà lu que c'était beau et fallait le coup.


Malheureusement pour nous, le plus nous montons en hauteur, le plus la brume, qui s'était installée depuis notre arrivée, se forme autour de la montagne et laisse peu de place à une vue sur la mer. Manuel semble deçu et fait une petite prière à St Pierre. Miracle, petit à petit la brume commence à disparaitre et nous fait découvrir une vue hors normes juste au-dessus du Baixo do Alpertche. Nous nous arrêtons à quelques endroits pour admirer le paysage. Je profite pour faire quelques photos. Nous traversons le sommet et Manuel nous ramène au port par la petite route. Nous avons passé une très bonne après-midi en sa compagnie et nous ne savons comment le remercier de sa gentillesse.
De retour au bateau, il fait déjà presque nuit et il est marée basse. Atalama est à notre surprise entourée des petites lumières. En s'approchant, nous constatons plusieurs pêcheurs autour du bateau en train de pêcher des coquillages. À la mode artisanale. Mais vu les quantités de sacs bien remplis, ils vont bien manger dans les jours qui suivent !
Après 3 jours au mouillage ici, nous partons sous un ciel nuageux à quelques miles d'ici vers la Marina Parque das Nações.