Recit d'un voyage en bateau avec notre voilier ATALAMA, quand un rêve devient réalité.
Nous arrivons le soir, à la tombée de la nuit à El Hierro. Sur terrain inconnu, nous souhaitons ne pas continuer la route mais s'arrêter au Porto Estaca. C'est l'heure d'arrivée du ferry et personne ne répond à la VHF. Nous décidons d'entrer et de voir nous-mêmes s'il y a une place disponible pour la nuit. Le port est très petit, il n'y a que le quai, le brise-lame et beaucoup de corps morts pour des bateaux de pêche. Mais pas vraiment de la place pour des bateaux des visiteurs. Le quai est pris par 1 voilier monocoque et 2 catamarans, il ne nous reste donc plus qu'à mettre Atalama le long de le brise-lame.
1re difficulté à surmonter : Il fait faire demi-tour au bout du port (pas facile car un petit courant nous pousse contre les barques et un bout en surface nous empêche d'avoir de la place pour manœuvrer). Moi à l'avant avec la lampe pour éclairer les obstacles, le capitaine à la barre gère la situation.
2ème difficulté : Les taquets sur le brise-lame sont 2 mètres au-dessus de nous ! et pas d'escalier en vue pour monter. Heureusement au ce moment le gardien du port arrive et nous aide à amarrer. Eric met les par-battages en place et surveille à ce qu'Atalama ne touche pas le mur. Pendant ce temps, je fais la cuisine. Nous voyons des petits poissons sauter en surface et des barracudas en plein chasse. Ça fait du bruit à l'intérieur du bateau et donne l'impression qu'une personne est en scaphandre dessous le bateau.
Le lendemain nous continuait notre route vers La Restingua qui n'est qu'à quelques Mn au sud.
À la Restingua, l'arrivée au port est délicate. Il n'y a plus de place au ponton visiteur pour nous, le gardien du port nous propose de se mettre sur le ponton des petites barques de pêche, juste devant un poteau. En attendant qu'une place se libère. Finalement nous restons tout notre séjour au même endroit. Eric décide de mettre le bateau en marche arrière (plate-forme contre quai) permettant de jeter l'ancre pour stabiliser le bateau. Le gardien vient nous aider mais fait tout le contraire de ce qu'il faut faire. Impossible de communiquer dans une autre langue que l'espagnol, la stresse monte rapidement car il essaie de redresser le bateau qui n'est pas encore sécurisé par des gardes et tire le régulateur contre le poteau. Argggg, notre 3ème homme si indispensable, il faut impérativement éviter que ce gardien lui fasse du mal. J'essaie de pousser le bateau pour l'écarter du ponton, Eric est obligé de mettre le bateau en marche avant mais il continue de tirer sur le bout. Je suis bloquée dans cette situation aussi longtemps qu'il a le bout dans la main. Eric est coincé sur le bateau car le ponton pour mettre l'amarre s'enfonce dans l'eau dès qu'on met un pied dessus. Une vraie balançoire de 20 cm de large. Nous n'arrivons pas à lui faire comprendre qu'il faut laisser du mou pour qu'on peut mettre les gardes avant de redresser le bateau (ce qui n'est pas dans nos yeux une priorité immédiate). Finalement Eric quitte le navire et lui prend l'amarre des mains. Nous terminons la manœuvre à 2.
Chaque fois qu'une personne d'extérieure nous aide avec Atalama, il y a des problèmes suivis d'une situation de stresse, en général de ma part. Je sens que je ne maitrise plus la situation, Eric ne peut plus compter sur moi, la personne en question fait très souvent ce qu'il ne faut pas faire et nous payons ou les pots cassés ou arrivons à les éviter de justesse.
Le port lui-même est très calme, on se sent un peu au bout du monde. Le ponton est sécurisé mais nous nous posons la question pourquoi. Il y a quelques restaurants et bars (où les habitants le soir jouent de domino). Et avec un peu de chance, vous pouvez voir, comme nous, un banc de barracudas, des poissons lime et une tortue juste à coté de votre bateau.
Pour nous à El Hierro, il n'y a pas de balades, uniquement de la plongée et de l'apnée/rando palmé. Pour visiter l’île, les altitudes à traverser ne sont pas compatibles avec la décompression liée à la plongée. Tant pis, c'est pour une autrefois. Pour l'instant, après les km tracées par nos pieds à La Palma, nous n'avons pas vraiment en vit à faire la même chose ici. Donc une fois arrivée sur place, nous nous organisions, rendez-vous au club de plongée pour s'assurer que notre réservation est bien prise en compte. Et pour goûter l'ambiance sous l'eau, nous faisons une petite apnée-rando palmée dans l'avant port.
Le lendemain matin, c'est du sérieux, une semaine de plongée nous attend. RDV au club pour préparer son matériel et c'est parti. Le zozo (zodiac) nous amène rapidement sur site.
1re plongée : Puenta de Restingua "Wall". Un tombant, plongée sympa hors réserve, 34 m, 65 minutes, pas mal de poissons (en bonus à la fin un baliste océanique), mais du courant. À notre surprise le moniteur se pose au sol pour attendre les plongeurs, au lieu de se stabiliser. En plus pour montrer une langouste, il se met debout dans une faille, ses palmes touchent à nouveau terre. Nous sommes un peu choqués.
Tout le monde nous attendait sur le bateau, n'en revenant pas de voir qu'il nous restait 50 bars, alors qu'ils avaient séché leur bloc en 30 minutes.
Suite à un rhume que j'ai choppé à Madère, je ne prends pas mon appareil photo avec moi, je préfère d'abord m'assurer qu'il n'y a pas de problème de décompression pour mes oreilles. Heureusement tout va bien et au retour, je le prépare pour la prochaine plongée.
2ème plongée : Nightdive dans l'avant port, un peu paumés, on s'est retrouvé dehors dans le noir et du courant dans le pif pour rentrer. Quand même vus poulpes, poisson porc-épic, seiches,.. et des holothuries bien curieuses ! C'était pour Corina sa 500ème plongée.
3ème plongée : Baja Bocarongs. Un tombant, plongée sympa hors réserve. Nous sommes limités à 50 minutes maxi, sous prétexte qu'il y avait hier des malades à bord quand ils nous ont attendus ! Me restaient encore 80 bars, Éric 60 bars enfin plongée. Punis ! C'est moche de ne pas être un(e) boulet. Ce n'est pas notre faut si les autres n'ont plus d'air après 30 minutes. À l'aller, un poisson volant croise notre trajet. Nous avons vu entre autres une raie papillon, une langouste et pas mal des poissons. À la fin, nous étions seuls sur un petit tombant, immobiles. Les poissons revenaient et s'approchent très doucement, étape par étape, vers nous. Ils te regardent, se demandent quoi faire, osent de s'approcher un peu, regardent à nouveau, se posent à nouveau la même question, osent à nouveau de s'approcher etc. Finalement ils ne sont plus qu'à quelques cm de toi et te regardent dans les yeux. Au même moment Eric a réussi qu'un petit mérou s'intéresse à lui et joue avec en faisant bouger ses doigts.

4ème plongée : El Desierto. Aux frontières de la réserve, nous voyons la différence, il y a beaucoup plus de vie, nous voyons enfin des bancs de poissons autour de nous, de toutes tailles, de toute couleur. En bonus, un grand raie pastenague, une raie papillon, des anguilles jardinière. Un petit poisson-coffre est très intrigué par les palmes d'Eric et le suit pendant au moins 5 minutes. Ce site nous a bien plu.
5ème et dernière plongée, le top : El Bajon. Beaucoup de poissons, du gros et du petit à perte de vue. Barracuda, baliste, volcan sous-marine, mise à l'eau avant les autres, sortie de l'eau après les autres. À 40 minutes, ils étaient déjà au palier. Moi, il me restait encore 100 bars. Certains endroits beaucoup de courant, il fallait s'accrocher pour éviter de se faire embarquer. Visibilité incroyable, nous arrivons presque à voir le fonds de 80 m. site découvert par Cousteau, une de plus belle des Canaries. C'était le feu d'artifice, le bouquet final.
Aux Canaries nous étions également régulières au restaurant, moi pour manger des fruits de mer (calmar, seiche, poulpe) pendant qu'Eric se régale avec de la viande rouge et des frites. Pour moi, il n'y a pas de doute, la cuisine espagnole est meilleure que celle du Portugal. Ça ne veut pas dire que les plats au Portugal sont de mauvaises qualités mais ils nous donnent beaucoup moins envie à les goûter.
Nous commençons à sculpter à nouveau la météo, un créneau favorable s'annonce et nous décidons après 17 jours aux Canaries de larguer les amarres et de partir direction Cap Vert. Environ 7 jours de navigation en mer nous attendent. C'est le grand dernier test avant la traversée de l'Atlantique.