Recit d'un voyage en bateau avec notre voilier ATALAMA, quand un rêve devient réalité.
Montserrat, The Emerald Isle est devenu un Pompéi moderne !
Après un silence de plusieurs siècles, le volcan de la Soufrière situé dans la partie Sud de l'île, entra en éruption en 1995 avec des projections de vapeurs et de fumées. Cette activité sismique débuta 3 ans auparavant, dès 1992. L’événement le plus important eut lieu en Août 1995, plongeant Plymouth (la capitale) dans un épais nuage de fumées, jusqu'au noir total pendant une quinzaine de minutes. Peu de temps après, l'évacuation de la population située sur la partie Sud de l'île fut décrétée. La ville fut complètement abandonnée en 1997, l'année la plus marquée par les habitants de Montserrat, car c'est à cette date qu'ils vécurent l'éruption de lave la plus impressionnante qui déferlaient sur les flancs nord-est du volcan. Dès ce moment, plus de la moitié de la population locale quitta l'île, qui passa de 12 000 à 5 000 âmes. La dernière éruption date de février 2010 avec des coulées pyroclastiques / nuées ardentes. Plymouth se trouve maintenant enterrée sous des couches de cendres, de débris volcaniques et de coulées de boue durcies. La capitale a disparu pour toujours... et ressemble désormais à une ville lunaire couverte de poussière, parsemée de gorges profondes. Son accès est toujours interdit. La ville et ses abords continuent jour après jour à disparaître lentement sous les couches de cendre successives, que le volcan ne cesse d'expulser régulièrement.
En visitant Montserrat, nous souhaitons voir de plus près les dégâts causés par la puissance de la nature. Nous quittons Deshaies et faisons donc route vers cette île. Le site Internet du MVO (Montserrat Volcano Observatory) précise bien que depuis 2014, les navigations proches de la cote dans la zone d'exclusion sont autorisées en journée, mais qu'il est interdit de s'y arrêter. Le seul mouillage se trouve à Little Bay (un projet de marina est en cours).
En arrivant à Montserrat, nous passons par la côte sous le vent à proximité de Plymouth. C'est impressionant de voir une ville fantôme totalement dévastée et à moitié enterrée. Quelques camions roulent sur la cendre et chargent le bateau amarré au port. La cendre semble être un très bon matériel de construction et est exportée vers les îles voisines. Avec le tourisme, c'est devenu une des principales recettes de l'île.
Sous un beau soleil, nous arrivons dans l'après midi à Little Bay. C'est un endroit un peu paumé car il n'y a que 2 bateaux au mouillage. Ce mouillage a la réputation d'être très rouleur par vent de nord-est, mais aujourd'hui le vent de est-sud-est fait qu'aucun roulis n'agite les bateaux. Nous jetons l'ancre en espérant que cela dure.
L'annexe mise à l'eau, nous allons à terre pour faire notre clearance. L'immigration et la douane se trouvent dans la zone portuaire grillagée, dont on ne peut sortir sans être enregistré ! Nous visitons la très jolie petite "marina village" construite dans la baie. Elle offre des facilités comme des sanitaires gratuits (douche, WC) en journée ainsi qu'un bar/restaurant avec wi-fi. Ici, des chauffeurs de taxi et des guides sont regroupés et proposent un tour de l’île pour la modeste somme de 120 US$. Beaucoup trop cher pour nous. Donc le lendemain nous faisons un tour en ville, et nous nous arrêtons à l'office du tourisme. La fille à l'accueil est très serviable et très aimable. Elle nous trouve un guide qui peut nous emmener dans la zone interdite à un prix acceptable. Au début nous fixons un rendez-vous pour l'après midi mais finalement les circonstances seront telles que nous ne ferons le tour que le lendemain matin. Pour ne pas perdre la journée, nous prenons un bus vers l’aérodrome, endroit encore plus paumé que Little Bay. Nous rentrons à pied et le chemin nous montre de belles vues panoramiques sur la zone portuaire. Au retour nous nous arrêtons au bureau de poste près des batiments gouvermentaux. De nouveaux batiments en béton sont en construction pour remplacer les baraquements provisoires servant actuellement aux ministères. Ces baraquements en bois, avec encore une ou deux tentes de l'armée alentours, font bien ressortir l'impression d'état de crise qui a eu lieu ici il n'y a que quelques années. Il faut bien comprendre que le volcan a fait perdre à Montserrat entre autre son aéroport, son port, sa centrale électrique, tous les bâtiments administratifs et gouvernementaux, ainsi que la majeur partie des terres cultivables ! 


Notre guide est bien à l'heure prévue au rendez-vous. Nous sommes au total 6 et notre premier arrêt sera à l'Observatoire Vulcanologique de Montserrat (MVO). Ils nous montrent un film expliquant l'évolution du volcan avec des images émouvantes des éruptions et des coulées pyroclastiques, où le volcan apparait comme un ogre monstrueux. Il est dommage que le bâtiment ne soit pas bien mis en valeur. Il n'y a pas de vraie exposition avec des photos et textes sur leur travail. A l'extérieur, sur une table de picnic, divers types de lave sont exposés mais aucune explication ni description ne se trouve à proximité. A partir de la terrasse le volcan est bien visible. Notre guide nous amène ensuite vers Belham Valley, où se situait auparavant un magnifique golf qui se trouve actuellement sous un champ de coulées de boue volcanique. La visite en voiture continue jusqu'à Richmond Hill, où à partir de la terrasse d'un vieil hôtel on aperçoit la ville de Plymouth au loin. L'hôtel a bien souffert des nuages de cendre et des années d'abandon. Témoins du départ des occupants, des livres et des papiers restent éparpillés à l'accueil et le coffre fort est toujours fermé. Une partie du toit s'est effondrée sous le poids des cendres, la piscine n'est plus qu'un marécage rempli de cendre, le dallage est enfoui sous 30 cm (de cendre), et tous les équipements en acier sont quasiment désintégrés par l'action corrosive des vapeurs sulfureuses. Tous les bâtiments autour ont subit le même sort. Malheureusement il est interdit de s'approcher plus près dela zone dévastée. Le tour a duré au total trois heures, incluant la visite au MVO. Malgré çà, c'était très intéressant. Le tour, la visite du MVO, le passage par la mer ainsi que quelques témoignages de la population nous permettent d'avoir un petit aperçu de leur cauchemar (leur vie boulversée, les assurances qui ne payent pas, les crédits qu'il faut malgré tout payer etc). A St Pierre en Martinique, il y a 100 ans, les mêmes événements avaient fait disparaitre 30 000 personnes en quelques minutes. Grâce à l'évolution de la vulcanologie, Montserrat n'a eu à déplorer "que" 19 morts directs, tous dûs au non respect de la zone d'exclusion. Ces malheureux ont fini carbonisés ou momifiés dans des coulées pyroclastiques. 
Nous ne regrettons pas du tout notre stop à Montserrat. Aucune goutte de pluie pendant 3 jours. Des pélicans tournent autour du bateau. Le mouillage est resté bien calme sauf à partir de quatre heure du matin le jour de notre départ, où la houle de nord-est a réussi à faire bouger Atalama comme un shaker. Un réveil de mère nature quelques heures trop tôt pour nous ! La population est très aimable, ils ont encore un bon bout chemin à faire avant d'avoir retrouvé leur vie d'avant. Actuellement tous les produits sont importés, rien n'est cultivé ou fabriqué sur place. Les champs sont totalement détruits. Certaines administrations se trouvent encore dans des batiments temporaires. Le peu de terrain disponible a été utilisé pour loger la population restante. Beaucoup ont perdu tout ou presque de leurs biens. Mais à les entendre parler, ils restent positifs sur leur avenir et rêvent de vivre un jour à nouveau dans la vallée de Plymouth. Nous leur souhaitons de tout notre coeur.