Recit d'un voyage en bateau avec notre voilier ATALAMA, quand un rêve devient réalité.
En faisant une route un peu sud au départ, nous devrions être plus à l'aise avec les vents de nord, et moins prendre avec la dépression qui suivra. C'est le plan.
Jeudi, en partant des Bermudes, le vent trop faible ne nous permet pas de garder les voiles bien gonflées, le moteur est mis en route en attendant.
Le vent vient finalement dans la nuit et contrairement aux prévisions météo, il s'amplifie rapidement en journée de vendredi, au point qu'en fin d'après-midi, nous nous retrouvions avec trinquette et GV sous 3 ris. Nous dînons dans le cockpit, et Corina fait des Hoooo inquiets en voyant des vagues 2 fois plus grosses qu'Atalama nous arriver par l'arrière. En soirée, nous voyons débouler une barre nuageuse noire inquiétante. Le temps d'affaler la grand-voile, les haubans se mettent à hurler, les vagues à s'amplifier. Il pleut des cordes. Le bateau à l'air de suivre sa route, nous nous abritons à l'intérieur en laissant Bob travailler, mais en continuant à veiller. Ça souffle un bon 7 avec de grosses rafales.
2h du matin : un grand BLANG! à l'avant nous fait sursauter. J'allume le feu de pont et vois que nous avons empanné. Une vague. Nous sortons pour nous apercevoir que l'étai largable est mou, puis avant que nous ayons eu le temps de faire quoi que ce soit il s'arrache du pont d'un seul coup. La trinquette et l'étai largable ne tiennent plus maintenant que par l'écoute et le point de drisse, galère. On choque la drisse, la trinquette tombe à l'eau, je la récupère au fur et à mesure pour la saisir dans les filières. Malheur, les jerrycans à côté de moi puent le gasoil, le bateau bouge dans tous les sens malgré que Corina soit à la barre, car nous sommes sans toile, et je ne vois pas la mer au-delà d'un cercle de 5m de rayon à cause du feu de pont. Je suis trempé, le mal de mer me guette, et entre 2 efforts, je prends de grandes goulées d'air frais.
Après en avoir fini, nous renvoyons un bout de génois pour reprendre de la vitesse.
Ce temps durera toute la nuit et se calmera samedi en journée. Nous constaterons que le ridoir pélican est cassé, un morceau a disparu, et celui qui reste est bon à jeter, il faudra en acheter un neuf aux Açores. Heureusement, la trinquette n'a rien.
Corina : Pendant ce temps, je discute avec Raoul au point de ne pas pouvoir assurer mes quarts, je reste donc allongée dans la cabine arrière, avec juste un petit tour à la barre pendant qu'Eric récupère la trinquette à l'eau. Même lire m'est impossible. Le lendemain, la mer se calme un peu et petit à petit, la vie à bord reprend en attendant la dépression annoncée. Après 4 jours en mer, nous prenons notre 1re douche dans le cockpit !
Eric : la dépression suivante s'annonce dans le ciel, et le vent monte en tournant progressivement du S au NO. Mardi 19 en journée, le vent d'ouest de force 6-7 est tenable sous régulateur avec 3 ris dans la GV et quelques tours dans le Génois tangonné. Tant mieux, car il pleut sans discontinuer, on est mieux à l'intérieur. Bob change de costume et reçoit son aérien de gros temps.
Dans la nuit, la pluie et le vent se calment, on commence à voir apparaitre les étoiles. La mer reste forte, il faut renvoyer de la toile.
C'est en soirée de mardi que nous voyons apparaitre les premiers cumulonimbus derrière nous, et le vent remonter. La nuit et la journée qui suivent seront difficiles : orages, grains, rafales, pétole, avec des manœuvres incessantes (prise et largage de ris). Nous avançons bien malgré tout même si je commence à fatiguer. Il va falloir dormir un peu...
Corina : Eric assure toutes les manœuvres seul, je sors peu de mon lit.
Nous ne sommes partis que depuis quelques jours, mais la traversée d'aller était une rigolade en comparaison avec celle-ci. Elle bouffe beaucoup d'énergie. Incapable de relayer Eric et prendre la main sur le bateau, j'essaie de l'aider en faisant un peu la cuisine, mais au 1er essai mes œufs partent sur le sol. Rien à bord ne semble être facile. On se demande comment les catamarans peuvent laisser des verres sur la table sans les casser...
Après une semaine, la fin n'est toujours pas en vue. Avec encore 1000MN à faire, nous n'avons toujours pas passé la moitié du trajet. Il nous est impossible de calculer le jour de notre arrivée, mais nous sommes sûrs d'une chose : plus de grande traversée pour nous ! Eric m'avait prévenu que cette traversée serait plus dure.
À partir du jour 8, le vent tombe au point d'être obligé de mettre le moteur en route, le pire est passé et nous arrivons à prendre notre 2ème douche. Nous faisons du pain et des dauphins passent tranquillement proche du bateau. Le 22 mai, à 5 heures du matin, nous passons la moitié théorique du trajet ! La houle s'estompe et quelques bidons de gas-oil sont vidés dans le réservoir. La soirée est paisible avec un beau coucher de soleil. À notre grande surprise, le Navtex nous envoie la météo du Canada, et quelques jours plus tard celle du Friesland ! Après 1,5 jour de moteur, le vent revient.
Eric : le vent revient, mais les gribs ne sont pas encourageants. L'anticyclone est situé un peu au nord des Açores, et nous barre la route en nous envoyant bientôt des vents de NE sur 600MN. ggrrrrrr. Nous sommes donc au près, encore sur la route directe, mais plus pour longtemps. Après 2 jours, le vent refuse progressivement, et nous nous retrouvons cap au nord ! Ce n'est plus la route directe et il nous reste 430MN, mais nous espérons trouver des calmes là-haut pour pouvoir finir le trajet au moteur.
Corina : Après 2 jours et seulement 11 Mn gagnés sur la route (!) nous avons enfin rencontré les calmes, et pu mettre au moteur. Nous dormons beaucoup, fatigués de ne rien faire, on s'ennuie.
Au fur et mesure que nous approchons des Açores, la température chute. Nous avions déjà senti une grande différence entre les BVI et Bermuda, mais là, c'est beaucoup plus radical : le t-shirt est remplacé par la grosse polaire, le ciré et un jean long. La nuit, la porte est fermée et les couvertures sont mises sur les draps pour éviter d'avoir trop froid.
Nous avons pu mettre le moteur à partir du mercredi 27 mai jusqu'à ce matin dimanche 31 mai, le jour de notre arrivée. Presque 4 jours au moteur ! Heureusement qu'il est tout neuf et fiable, et qu'on avait pris des jerrycans de gasoil en prévision.
17 jours en mer, 1850 Mn, dont 140 heures de moteur.
Au fur et mesure que nous voyons les autres bateaux arriver, nous constatons que ce temps n'est pas parmi les plus longs, certains ont mis jusqu'à 21 jours...